"Minuscule" gigantesque projet

 

Au marché du film d’animation, rencontre avec le producteur d’un des projets français les plus ambitieux du moment.


Écoles, studios d’animation prestigieux ou exotiques, boutiques de vente de produits d’animation, systèmes de capture de mouvements dernier cri : bienvenue au MIFA, le plus grand marché du film d’animation au monde qui a ouvert ses portes hier, en marge du festival d’Annecy. C’est ici que l’on prend la pleine mesure de l’importance de ce médium, mais aussi de sa variété : de la pure tradition à l’avant-garde, de l’Occident a l’Orient, de la télé au jeu vidéo, l’animation explose aujourd’hui toutes les frontières. Et puisque nous causons business, voici quelques chiffres qui vous permettront de prendre l’ampleur du phénomène : le MIFA s’étale désormais sur 5 300 m², accueille 1064 exposants et plus de 257 films seront présentés au cours de ces trois jours extrêmement denses.

Ambition technique

C’est dans les allées surpeuplées du MIFA que nous avons croisé Florent Mounier de la société angoumoisine 2d3d. Florent Mounier est le coproducteur de l’un des films les plus prometteurs de la fin d’année : Minuscule – la vallée des fourmis perdues. Adapté d’une série télévisée elle-même tirée d’un court-métrage, Minuscule – la vallée des fourmis perdues est un projet ambitieux et atypique qui mêle prises de vues réelles tournées en stéréoscopie, et personnages en images de synthèse incrustés dans ces environnements. Produit majoritairement pas la société Futurikon de Philippe Delarue, le film relate la guerre acharnée que se livrent deux bandes rivales de fourmis pour une boîte de sucres, une bataille rocambolesque qui voit naître l’amitié entre une coccinelle et une fourmi noire. « 2d3d a conçu environ 50 % de l’animation du film, nous explique Florent Mounier. Et si la sortie en salles a été repoussée de quelques semaines, c’est parce que le projet est extrêmement ambitieux techniquement. La gestion du relief, notamment, nous a demandé plus de temps que prévu. »Minuscule aurait coûté un peu plus de dix millions d’euros, une somme conséquente pour une production française, mais une misère au regard de l’ambition du film. « Ce qui est certain, c’est qu’on ne travaille pas dans le confort, admet Florent Mounier. Il faut savoir optimiser nos moyens : l’équipe de 2d3d n’était composée que de dix animateurs, qui auront au final travaillé un peu plus d’un an sur le film. C’est peu, mais nous les avons triés sur le volet pour avoir la meilleure équipe possible. »

Minimalisme sophistiqué

Ces derniers ont dû s’adapter au style très particulier du coréalisateur Thomas Szabo, ici associé à Hélène Giraud. Avant Minuscule, Szabo avait fait preuve d’un beau sens du cartoon sur la série Les Zinzins de l’espace : « Je qualifierais sont style de minimalisme sophistiqué, avec un timing extrêmement précis, au poil de fourmi près ! » rigole Florent Mounier. Les efforts de l’équipe semblent être payants : Minuscule – la vallée des fourmis perdues se vend déjà très bien à l’international, notamment parce que les marchés asiatiques raffolent du relief et que le film, totalement muet, est porté par un sujet universel. « Je comparerais ce film aux Triplettes de Belleville, auquel mon studio avait déjà participé. Il fallait avoir l’audace de rejoindre une production aussi risquée, mais au final, ce fut payant. Je pense que ce sera la même chose pour Minuscule – la vallée des fourmis perdues. » Le film sortira en salles le 27 novembre 2013.

Julien Dupuy, journaliste, PREMIERE

13/06/2013 – 12h22